Constats et recommandations issus des témoignages de

Maritza, Julie et Bénédicte

Est-ce qu’une femme a plus de difficultés dans son parcours de surendettement qu’un homme ?

Maritza : « Un proverbe chinois contemporain dit il y a plus pauvre qu’un pauvre.
C’est la femme du pauvre ! C’est tout à fait cela ! »

« En faisant le bilan, je trouve qu’il y a un déséquilibre entre les hommes et lesfemmes. En tant que femme, j’ai été moins bien payée, j’ai eu moins d’opportunités professionnelles  et j’ai travaillé toute ma vie, avec en plus du boulot, les enfants et le ménage. Encore aujourd’hui, c’est moi qui maintiens la famille, je veille à unsemblant de vie normale pour mon mari, mes enfants… »


«
 Mes amis et ma famille ne sont pas au courant de ma situation et je préfère dire, par orgueil sans doute, que c’est parce que mon mari est malade que je ne sors plus. Le plus difficile c’est d’être bien organisée. Avec mon mari malade et ma fille qui ne m’aide pas parce qu’elle rejette ce qui se passe, je gère seule l’hôpital, le ménage, la cuisine, le courrier administratif, toutes les démarches (Cpas, services sociaux, mutuelle, etc). »


Bénédicte
 : « Je ne sais plus inviter mon fils et ma fille à venir manger chez moi. »

« Je garde ma petite-fille une fois par semaine. Elle mange et reste dormir à la maison le lundi. Alors je fais en sorte qu’elle puisse avoir un bon petit diner et un déjeuner quand elle est chez moi mais c’est le budget de 4 jours qui y passe. Un petit steak haché, un petit dessert parce qu’elle est gourmande, un petit yaourt, une banane pour le matin et c’est vite 50 euros qui s’envolent. Mais je ne dis rien. Ils savent que je suis dans des difficultés mais ils ne veulent pas savoir. C’est moi qui l’ai voulu en quelque sorte puisque c’est moi qui ai divorcé. »


«
 J’ai introduit un règlement collectif de dettes. Le premier rendez-vous avec mon médiateur judiciaire, s’est très mal passé. Je m’y rendais en me disant que cela allait bien se passer, qu’enfin j’allais voir le bout du tunnel. Le médiateur judiciaire me dit que je dois mettre ma mère en maison de repos. A chaque question, il me démolissait  et sur le chemin de la porte il me dit que mon dossier c’est de la fraude et que de toute façon on ne sait pas vivre avec 3 euros par jour …alors que j’étais dans cette situation depuis 2 ans déjà. Je ne suis pas suicidaire mais ce jour-là sur le quai du métro je me suis dit cela devait être facile de se suicider en se jetant sous les rails du métro. »


«
 Je pense que si j’avais été un homme ou si j’avais été accompagnée, cela ne se serait pas passé de cette manière ! »

Julie : « J’étais seule, sans soutien, sans famille. Les femmes qui n’ont pas de famille, qui sont seules, sont très vulnérables  c’est une accumulation d’erreur et mon incapacité à faire face psychologiquement qui a entrainé mon surendettement ».


«
 J’aurais été un homme je n’aurais pas été traitée comme cela. J’étais trop gentille, trop polie. Si j’avais été accompagnée par un homme cela aurait été différent. Je connais une dame qui se fait accompagner par des amis lors des rendez-vous administratifs. »


Mieux informer et orienter les personnes en difficultés 
financières

Maritza : « Un particulier qui a des problèmes ne sait pas  s’adresser. On va vers le Cpas  l’on est pas forcément bien informé. Il faudrait à l’accueil (que ce soit au Cpas, à l’hôpital, dans les administrations et ailleurs) des personnes qui sont vraiment bien informées et compétentes pour pouvoir informer et orienter les personnes ».


«
 Moi je sais que j’ai trainé à l’hôpital par exemple avec des assistantes sociales très gentilles mais qui ne m’ont pas dirigée vers un service de médiation de dettes. La médiation de dettes je ne savais même pas que cela existait avant. Il faudrait informer les gens de l’existence des services de médiation de dettes, des groupes de soutien, les orienter. On n’est pas au courant ! »


«
 C’est au groupe de soutien que j’ai appris la différence entre médiation amiable et règlement collectif de dettes. Personne ne me l’avait expliqué avant. »


Julie
 : « Je me suis épuisée à aller sur place au guichet pour comprendre. On ne me donnait pas de réponse. Je ne savais pas ce que je devais faire. Je n’avais jamais été malade. Je ne connaissais pas le Cpas. Pour moi, le Cpas, le minimex, le chômage à long terme, c’était Zola et j’avais même un jugement assez dur envers les personnes en dépression, vulnérables, dans la précarité. Après j’ai compris que parfois dans la vie les personnes peuvent se trouver dans des situations, vivent des choses de façon continue pendant une certaine période qui les cassent. Et que le fait de ne pas avoir de garde fous, de protection autour (une famille, une personne de référence) va aggraver la situation. »


«
 J’aurais du être orientée, aiguillée vers le Cpas, vers un service de médiation de dettes immédiatement. »


Des affiches partout …

Maritza : Il faudrait des affiches très simples partout : Vous avez des difficultés financières, des factures impayées, des dettes, appelez le  XXX ! Et donner aux personnes l’information dont ils ont besoin : savoir ce que font les services de médiation de dettes,  trouver de l’aide. »


Bénédicte
 : « Quand on voit les grandes affiches dans le métro pour le suicide du genre « vous ne savez plus que faire, à qui vous adresser, etc  »  Pourquoi pas pour le surendettement ?  Vous avez des problèmes financiers et un numéro vert. Cela devrait être mis partout ! Moi je cherchais quelque chose comme le groupe de soutien depuis 4 ans ! »


Mieux former les assistants sociaux et acteurs de première 
ligne

Bénédicte : « Il devrait y avoir au moins un endroit, une personne par quartier qui puisse orienter correctement les personnes en difficultés financières, qui puissent leur dire  aller. Il y a tellement de personnes qui sont dans notre situation ! On est en retard déjà ! «


Julie
 : « Les personnes qui travaillent dans les services sociaux, les syndicats, les médiateurs, les ombudsmans, ce sont des personnes qui pour la plupart n’ont pas vécu la pauvreté, la précarité. Ils n’ont jamais eux-mêmes été dans des situations de vulnérabilité. On ne peut pas les obliger à aller en immersion mais on devrait améliorer la formation de ces gens qui détiennent la vie humaine entre leurs mains. »


«
 Il faudrait que dans les administrations les personnes ne soient pas nommées à vie. Il faudrait que dans tous les conseils d’administration des asbl, des administrations, il y ait des personnes qui soient issues d’un milieu pauvre ou qui soit sorties de situations graves. Je ne veux pas me poser en victime ni me déresponsabiliser mais il y a des gens qui ont bousillé ma vie juste parce que Monsieur X n’a pas voulu me répondre. »


Améliorer l’aide alimentaire

Maritza : « Le plus pénible c’est la recherche de nourriture. Au début j’étais très gênée quand j’allais demander l’aide alimentaire. Ensuite, j’étais contente car cela aide (un colis alimentaire cela fait vite 20 euros, 50 euros) mais maintenant les colis sont beaucoup plus petits. Il n’y a pas de fruits ni de légumes frais ou presque pas, il n’y a plus de laitages, c’est fini. Avant on avait parfois une petite chose en plus (un pot de chocolat, un paquet de biscuit) maintenant c’est devenu exceptionnel. »

« Pour aller chercher les colis, je dois prendre deux bus. Cela fait à peu près une heure de route pour l’aller et une heure pour le retour. Sur place, il y a parfois des files (souvent c’est une demi-heure, parfois cela va jusqu’à une heure). Cela fait deux heures et demie au minimum pour avoir quelques boîtes de conserves et de quoi faire un petit repas par semaine pour trois pas beaucoup plus. »


Maritza
 : « Il faut améliorer l’aide alimentaire et organiser des groupes de soutien, des groupes de parole permanents. C’est indispensable pour que les gens puissent retrouver leur dignité, se reconstruire et voir la vie autrement, avec des perspectives. »


Bénédicte
 : « Je fonctionne avec des enveloppes, je paye le loyer, les factures, les produits d’hygiène et je prépare une enveloppe par jour avec ce qui reste. C’est avec cela que je fais mes courses au jour le jour. Parfois je n’ai que deux tranches de pain parce que j’ai  acheter des produits d’hygiène. »


«
 Heureusement je me nourris avec d’autres choses : mes livres, la beauté des arbres, de tout ce que je peux prendre de beau et de bon. En fait, je me nourris d’utopie et d’illusions que je me fabrique sinon je ne survivrais pas. Quand je peux mettre du gouda sur mes deux tranches de pain, je me réjouis parce que j’adore le fromage. Bien qu’il y ait quand même une parcelle de moi qui pense en même temps «  bien ma fille tu es vite contente! »… mais je ferme la porte à ce genre d’idée. »


J’ai
 les colis alimentaires aussi. Mais j’en ai marre. Toujours les mêmes boites de carbonnades. Mes chats n’en veulent pas ! Je suis dans le dégout de manger. Je dois essayer de réapprendre mais quand on voit le prix de tout. 35 cent pour un abricot !… quand on a que trois à cinq euros par jour pour manger ! »


Plus de médiateurs de dettes


Maritza
 : « C’est comme cela que nous avons atterri chez Madame X en médiation de dettes et cela a été une bouffée d’oxygène. Elle a tout repris et a calmé le jeu en tenant les créanciers à distance, en leur expliquant notre situation, en faisant une médiation à l’amiable. Elle a fait un plan de paiement que l’on suit.

Maritza : « Des médiateurs de dettes, il n’y en a pas tant que cela. Et je vois que quand ma médiatrice de dettes reçoit les personnes (moi y compris), cela dure à peu près une heure au moins. Donc sur une journée (elle ne peut pas avoir des journées de 50 heures la pauvre), il y a très peu de personnes qu’elle peut recevoir. »

Bénédicte : « Il y a un manque de moyens, il y a un manque de personnes. Les politiques ne se rendent pas compte ou ne veulent pas savoir, ne veulent pas voir la situation. »


Organiser des groupes de soutien 


Maritza
 : « Moi, je m’enfermais et  c’est une grande respiration, c’est revenir dans la vie sociale, dans la vie tout court et ça c’est énorme. » «  Et retrouver l’estime de soi, c’est énorme aussi. »


«
 Tous ceux qui étaient dans le groupe m’ont aidée d’une certaine façon avec leurs exemples différents. On a tous des choses en commun et cela m’a aidée à me poser moi par rapport à moi. Je me suis découverte moi-même en positif. »


«
 J’ai aussi découvert une violence en moi, un sentiment d’injustice très fort. J’ai toujours payé mes impôts, travaillé, on a participé à la société mon mari et moi. Le surendettement nous est tombé dessus et maintenant on doit se battre pour avoir de l’aide. Ce n’est pas possible une vie pareille ! Une vie de travail pour en arriver  ! »


«
 Le groupe de soutien m’a réconciliée avec moi-même et avec les autres. »


«
 Cette influence bénéfique, je la vois chez tout le monde et pas seulement chez moi. Et c’est quelque chose qui ne peut plus s’effacer, c’est un changement permanent. C’est très fort ! »


Maritza
: « Dans le groupe de soutien, on s’informe mutuellement, on apprend avec l’expérience des autres. Et puis surtout, une fois que le groupe de soutien nous a un peu remis sur pied, on commence à vouloir faire des choses : des échanges, se rencontrer, sortir ensemble. Et c’est énorme, c’est ce qui fait la vie en fait ! »

Bénédicte : « Ce que j’ai appris, grâce au groupe de soutien, c’est que je n’étais pas seule dans mon cas. Ce n’est pas moi seule qui étais à ce point malchanceuse ou non méritante. J’espère qu’il y aura de plus en plus de groupes d’entraide, de soutien car il va y avoir de plus en plus de personnes en difficultés. »